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Juridique & contrats

Documents obligatoires d'un sous-traitant : l'obligation de vigilance en pratique

Attestation de vigilance URSSAF, immatriculation, travailleurs étrangers : ce que l'agence doit collecter, à quel seuil, tous les combien, et ce qu'elle risque si elle ne le fait pas.

Clément Escande27 juillet 2026 7 min de lecture
Juridique & contrats

En résumé Dès qu'un contrat de sous-traitance atteint 5 000 € HT, l'agence a une obligation de vigilance : elle doit obtenir de son prestataire une attestation de vigilance URSSAF de moins de six mois, un justificatif d'immatriculation et une attestation relative à l'emploi de travailleurs étrangers — puis les renouveler tous les six mois pendant toute la durée de la prestation. Le manquement n'est pas une amende : c'est la solidarité financière sur les cotisations du prestataire.


C'est l'obligation la plus mal tenue des agences de prestation, et la plus coûteuse. Elle ne produit aucun bénéfice visible, personne ne la réclame au quotidien, et son coût n'apparaît que le jour où un sous-traitant est contrôlé pour travail dissimulé. À ce moment-là, l'URSSAF peut se retourner vers le donneur d'ordre.

Une ESN de 40 intervenants dont la moitié sont des indépendants a typiquement une vingtaine de contrats concernés, chacun exigeant une collecte semestrielle. Soit une quarantaine de documents à obtenir, vérifier et archiver chaque année. C'est précisément le volume à partir duquel un suivi par email cesse de fonctionner.


Le seuil et la périodicité

L'obligation de vigilance s'applique aux contrats d'un montant au moins égal à 5 000 € HT. Pour une agence, autant dire : tous les contrats de sous-traitance récurrents. Une mission d'un mois à 550 € par jour dépasse le seuil dès la deuxième semaine.

Deux moments de collecte :

  • À la conclusion du contrat, avant le début de la prestation
  • Tous les six mois, pendant toute la durée d'exécution

Ce second point est celui qui est oublié. Beaucoup d'agences collectent consciencieusement à l'entrée, classent le document, et ne le redemandent jamais. Sur une mission de dix-huit mois, l'obligation devait être satisfaite quatre fois ; elle l'a été une fois. Les trois périodes non couvertes restent exposées.

L'attestation a une durée de vie, pas seulement une date. Une attestation de vigilance a une validité limitée dans le temps. Une attestation datée d'il y a huit mois, même correctement archivée, ne couvre pas la période en cours. C'est une contrainte de flux, pas de stock.


Les trois documents à obtenir

1. L'attestation de vigilance URSSAF

C'est la pièce centrale. Délivrée par l'URSSAF dont dépend le prestataire, elle atteste qu'il est à jour de ses déclarations et du paiement de ses cotisations sociales — ou qu'il a souscrit un plan d'apurement et le respecte.

Elle doit avoir moins de six mois au moment où vous l'obtenez. Elle comporte un identifiant permettant de vérifier son authenticité sur le site de l'URSSAF : une attestation transmise sous forme de capture d'écran ou de PDF retouché se vérifie en trente secondes, et cette vérification fait partie de la diligence attendue.

2. Le justificatif d'immatriculation

Extrait Kbis pour une société, carte d'inscription au répertoire des métiers, avis de situation au répertoire SIRENE selon la forme du prestataire. Il établit que l'entité existe, qu'elle est bien celle qui contracte, et que son activité déclarée correspond à la prestation.

Le contrôle utile va au-delà de la simple présence du document : vérifiez que la dénomination et le SIREN correspondent exactement à ceux du contrat et de la facture. Un indépendant qui passe d'auto-entreprise en SASU en cours de mission change d'entité juridique — nouveau SIREN, nouveau contrat, nouvelle collecte.

3. L'attestation relative aux travailleurs étrangers

Une attestation par laquelle le prestataire certifie n'employer aucun salarié étranger soumis à autorisation de travail, ou être en règle au regard des obligations qui s'y rattachent. Elle est souvent traitée comme une formalité de bas de liste ; elle fait partie des pièces exigibles au même titre que les autres.


Ce que vous risquez réellement

La sanction du manquement à l'obligation de vigilance n'est pas une amende forfaitaire. C'est la solidarité financière : si votre prestataire est reconnu coupable de travail dissimulé, vous pouvez être tenu solidairement responsable du paiement de ses impôts, taxes et cotisations sociales, à proportion du chiffre d'affaires qu'il a réalisé avec vous.

Trois caractéristiques rendent ce risque particulier :

  • Il n'est pas plafonné par une grille. Le montant dépend du redressement subi par le prestataire et de la part que vous représentez dans son activité. Un indépendant dont vous êtes le client principal, redressé sur trois ans, produit une exposition qui n'a rien de symbolique.
  • Il se déclenche par un tiers. Vous n'êtes pas maître du fait générateur. Votre conformité est la seule variable que vous contrôlez.
  • Il se prouve par les documents, pas par la bonne foi. Un dirigeant convaincu d'avoir toujours bien travaillé mais sans attestation à produire est dans la même position qu'un dirigeant négligent.

La jurisprudence apporte des nuances — les conditions de mise en œuvre de la solidarité sont encadrées et l'URSSAF n'obtient pas systématiquement satisfaction — mais la seule stratégie raisonnable reste de détenir les pièces. Faites valider votre situation par votre conseil si vous avez des contrats en cours non couverts.


Les documents que la loi n'exige pas, mais que vous devriez exiger

L'obligation légale est un plancher. Un contrat de prestation bien tenu en demande davantage, non pas au titre de la vigilance mais de la gestion du risque :

Document Pourquoi
Attestation d'assurance RC professionnelle Un sinistre causé par un intervenant non assuré remonte vers vous
Attestation de régularité fiscale Complète la vigilance sociale ; exigée dans beaucoup d'appels d'offres publics
RIB au nom de l'entité contractante Un RIB personnel pour une facture émise par une société est un signal à traiter
Statuts ou pièce d'identité du dirigeant Complète l'identification, notamment pour les structures récentes
Convention de sous-traitance signée La collecte de pièces ne remplace pas le contrat

Attention à ne pas confondre les deux registres. Réclamer un document contractuellement utile est légitime ; le présenter au prestataire comme une obligation légale quand ce n'en est pas une entretient la confusion et affaiblit votre crédibilité sur les pièces qui, elles, sont réellement obligatoires.


Rendre la collecte tenable

Le problème n'est pas de savoir quoi collecter — la liste tient en trois lignes. Le problème est le cycle semestriel sur un portefeuille qui bouge. Un prestataire arrive, un autre part, une mission est prolongée de trois mois, une attestation expire pendant les congés d'août.

Trois configurations, par ordre de fragilité :

  1. Un dossier partagé et de la mémoire. Les documents existent, dispersés dans des emails et un dossier par prestataire. Personne ne sait lesquels sont périmés. Réputé conforme jusqu'au premier contrôle.
  2. Un tableur de suivi avec dates d'expiration. Ça fonctionne, tant que quelqu'un le tient. Le point de rupture est le départ de cette personne, ou le passage de 10 à 30 prestataires.
  3. Le document rattaché au prestataire, avec une date de validité et une relance automatique. L'expiration devient un événement du système, pas un oubli possible.

La troisième configuration est la seule qui résiste à la croissance, et elle demande simplement que les documents vivent au même endroit que les prestataires et les missions — pas dans une arborescence parallèle. C'est le même principe que pour le reste du back-office d'agence : une donnée rangée là où on la consulte, versus une donnée rangée là où on l'a reçue. Le sujet est traité plus largement dans notre article sur le logiciel de gestion de prestataires pour agences et ESN.


Ce que la vigilance ne couvre pas

Collecter les bonnes pièces vous met en règle sur la vigilance sociale. Cela ne dit rien de deux autres risques, souvent plus lourds pour une agence de prestation :

La vigilance est le socle : nécessaire, insuffisant. Elle a l'avantage d'être la partie entièrement sous votre contrôle — c'est là qu'il faut commencer.

Vous gérez un portefeuille de prestataires avec ces obligations ? Voyez comment Billi structure la gestion des prestataires et de leurs documents.

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